mercredi, 21 juin 2006

PANZER DIVISION...DE LA KONNERIE

"IGNE IGNE GNA GNA GNA"("nuit grâv",NDLC)
C'était l'année dernière, au mois d'août. Comme d'habitude, le soleil étalait sa magnificence en écrasant de sa superbe hommes et bêtes, plantes et minéraux.

Un de ces après-midi où le moindre effort vous coûte une suée, et l'où on a qu'une seule envie, celle du "farniente" au sens étymologique du mot : far niente : "faire rien".

J'y réussissais avec succès... Selon mon usage, j'étais une fois de plus plongé dans une de mes rêveries contemplatives, observant la nature, les insectes, les nuages et le mouvement des feuilles, ondulant au grès d'un Mistral lui aussi trop fainéant pour nous sortir de cette caniculaire torpeur.

Au bout de mon chemin, dans un champ, s'élevaient deux murs de ballots de paille.

Improbables remparts dressés au milieu de nulle part, ils étaient là depuis la fin des moissons, défiant de leur hauteur le paysage alentour.

Éphémères géants revenant chaque année, ils constituent une curiosité pour les promeneurs et les badauds, et un abri discret pour les jeunes amoureux.

Leur propriétaire, un céréalier, entasse consciencieusement chaque année, les tonnes de pailles récoltées après les moissons d'orge, d'avoine et de blé. Les ballots mis de la sorte à sécher deviennent alors une attraction, et pour cause : imaginez 700 tonnes de paille érigées en deux immenses murs de 100 m de long sur 7 ou 8 de haut, bizarre incongruité au milieu des chaumes ras.

Cet été-là, mon voisin Jürgen un Suisse Allemand émigré depuis longtemps sous un climat plus propice au bronzage qu'au ski, recevait ses petits enfants Munichois. Il s'agit de deux ados, benêts et patauds, élevés à la saucisse bien grasse et aux patates, à la bière et à la choucroute.... Je les avais croisé naguère, caricatures des jeunes ploucs teutons, Hard-rockers un peu crados et arborant crête blondasse et panoplie trash.

Figurez-vous que ce jour_là, nos deux petits panzers avaient décidé d'aller se fumer un p'tit oinj, à l'abri des regards indiscrets.....

La suite est prévisible : une étincelle de trop, un fétu qui prend et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, un brasier incommensurable se forme. Alarmé par les grosses volutes blanches qui s'échappent du champ, J'arrive en courant, hors d'haleine et en eau, pour voir si l'on pouvait encore faire quelque chose, histoire de sauver les meubles. Peine perdue... Au loin la sirène des pompiers que j'avais pris la peine d'alerter, retentissait, stridente et pressée. Un puis deux mais bientôt quinze engins arrivent sur les lieux, et tentent tout pour juguler le désastre.



En vain.... En quelques minutes, la plaine s'est obscurcie, il fait nuit en plein jour et la fumée âcre nous asphyxie. Le feu attisé par le Mistral qui s’était renforcé entre-temps, s'étend au chaume du champ puis d'un bond, passe le chemin, faisant fondre au passage l'asphalte refait de l'année. Les flammes dévorent les poteaux téléphoniques (encore en bois dans ce coin là), et se propagent au champ de tournesol voisin. Le capitaine des pompiers évalue vite la situation : la paille est foutue, alors il protège ses hommes et les fait mettre en barrage autour du sinistre pour le circonscrire. Cette bataille-là est vite gagnée. De loin, nous observons la déchéance de ces géants de paille terrassés et qui s'effondrent en silence, répandant des gerbes d'étincelles en pluie... Tout le village est venu prêter main forte aux pompier : les paysans arrivent avec des citernes pleines d'eau du Rhône (il y a des captages partout dans la plaine). La farandole des tracteurs dure jusqu'au soir. Les femmes amènent des bouteilles d'eau et de la nourriture pour les pompiers, car ils vont rester là toute la nuit...

Au petit matin, le champ ressemble à ces images de guerre : de gros tas fumants ont été répartis un peu partout sur l'aire. Des camions de pompiers montent la garde aux quatre coins du pré et les hommes les traits tirés s'accordent enfin un peu de repos. Leurs combinaisons noires de suie, laisse pendre la cagoule de coton qu'ils portent sous le casque. Les lances sont au sol, disposées de façon stratégique pour mater toute reprise.

Mais ici l'eau est un bien rare et coûteux... Alors on décide de laisser se consumer le brasier sous étroite surveillance plutôt que de le noyer sous des tonnes d'une eau si précieuse. La surveillance durera sept jours, durant lesquels la nuit de ma fenêtre, je pouvais voir les lueurs encore vives des braises couvants sous la cendre.

Tout ça pour une étincelle......... pour un pauvre pétard... Y z'auraient mieux fait d'aller le fumer au bord de la rivière, il y fait plus frais, et là au moins, ça risque rien !!

medium_31890-Champ-et-botte-de-foin.jpg
Clic!
V.Van Gogh

Commentaires

couchééééés dans le foiiiiiiin,avec les canadairs pour témoiiins...

Ecrit par : mireillemaquettes | jeudi, 22 juin 2006

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